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Jeudi 15 mai 2008
Les petites bouffées


De l'autre côté des petites bouffées l'inconnu lève un peu sa cape
Et dans la brume des narghilés tous les tapis violents dérapent
Le voyageur est emporté jusque dans l'œil de la tornade
Les repères s'amusent à changer, le connu joue la dérobade

Le cheval fou des grands délires fonce vers tous les précipices
Pour le cow-boy, fini de rire dans le pays de l'improviste
Le passé se prend pour l'avenir, le gros bons sens est en vacance
Les mots ne savent plus rien dire, tout est trahi par le silence

Y'a tellement de questions dans ma tête, tellement de portes entrebâillées
Tellement de si et de peut-être, je me demande si vivre c'est pas hésiter
Rajoute à ça les petites bouffées, te v'là les deux pieds dans le ciment
Y'a même plus moyen d'avancer, aussi démuni qu'un enfant

Qu'est-ce que t'as fait avec tes rêves sur l'autre versant de tes 40 ans
Réveille avant que la nuit s'achève ! Vieil enfant tes cheveux sont blancs
Dans ta forêt de bouteilles vides tu cherches encore l'île au trésor
Dessous le masque de tes rides le quêteur d'absolu s'endort

Ouvre ta main pour lâcher prise, marcher c'est faire un pas de plus
N'écoute plus ce qu'ils te disent tous ceux-là qui n'avancent plus
Tu prends conseil de tes miroirs pour savoir où t'en es rendu ?
Mais les miroirs ne savent voir que là où tu n'es déjà plus…

Tu es partout si tu le veux… dans ton immobile voyage
Qu'est-ce qui se trouble dans tes yeux quand on évoque le bel âge ?
Marcherais-tu le même chemin si tu repartais du début
Pour t'en aller jusqu'à demain, si tu connaissais l'inconnu ?

Quelques oui pour beaucoup de non qui font choisir la route à suivre
Deux ou trois rêves qui tournent en rond et ça s'appelle apprendre à vivre…
Je t'aime bien, mon vieux copain, si tu pouvais en faire autant…
Passe l'éponge, ça fait du bien, apprends à marcher vent devant

On se consume à l'eau de feu et la claire vision se trouble
On n'ose plus ouvrir les yeux quand on voit le cauchemar en double
Embarqué pour le paradis, un petit bonheur au fond d'un verre
C'est pas trop long qu'on est mal pris, la gorge en feu sur le chemin de l'enfer

On se dit qu'on a mal rêvé, que la vie c'est autre chose
Qu'on s'est trompé de réalité, qu'on a  pris l'idée pour la chose
On voulait que tout le monde soit heureux, on a tout fait pour qu'on nous aime
On se retrouve le cœur frileux, avec la bouche pleine de blasphèmes…

C'est pas facile d'apprendre à vivre quand on sait pas pourquoi on court
Qu'on sait pas trop quel chemin suivre et que le mystère est si lourd
C'est sûr que pour voir la lumière faut tout d'abord ouvrir les yeux
On peut même risquer une prière au cas où y'aurait un bon dieu…

Si y'a un bon dieu pour de vrai dans le grand désert aux 1000 miroirs
Il faut que ce soit quelqu'un qui " sait ", un grand décodeur de mystères
Un grand amour qui dit " viens-t-en, viens-t-en que je rallume ta mémoire !
T'es trop nono pour être méchant, c'est toi qui a choisi la nuit noire "

" T'as choisi les pays d'oubli pour apprendre à battre des ailes "
" C'est moi l'oreille au bout de ton cri , demande-moi que je t'éveille "
" Je ne te juge pas, j'attends, petit morceau de moi qui dort "
" Voyageur du trou noir troublant, immense amour, petite mort "

" Pour jouer le jeu de la vie, il fallait droguer la mémoire "
" Sinon tu n'aurais rien appris dans le grand désert aux 1000 miroirs "
" Maintenant que tu as compris, ne crains plus d'être dans le noir "
" Ouvre tes ailes dans la nuit, c'est TOI l'ultime échappatoire… "


Michel Maurice Fortin
      St-Tite, 15 février 1995
Par michiboux - Publié dans : écriture
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