C’est toujours les mains vides qu’on arrive et qu’on part
Et j’ai beaucoup appris de tout ce qu’on m’a pris
Reparti à zéro remettant à plus tard
Le désespoir utile et l’ultime mépris
On s’éveille parfois sur des champs de bataille
D’une guerre inconnue, un fusil dans les mains
Des ennemis partout où ça pleut la mitraille
Embarqués pour de bon dans des conflits sans fin
Tous les maîtres du monde anonymes cyniques
Qui s’amusent entre eux à gérer des profits
Déplaçant le chaos au hasard des paniques
Fuient les rues de la nuit où ça sent le roussi
Ceux qui mènent le jeu n’aiment-ils pas leurs mômes
Pour leur léguer ainsi une vie invivable
Et la haine partout et du sang sur leurs paumes
Héritage de mort, hypothèque impayable
Les enfants des «cités» dans la prison des races
Moins égaux que les autres, perdants dès le départ
Les vitrines blindées, les cailloux qu’on ramasse
Les bouteilles d’essence, l’avenir au placard
Comme fauves en cage les petits des exclus
Tétant lait de colère en affûtant leurs griffes
N’ont bientôt que la rage pour trouver une issue
Aux ghettos de l’enfer jusque là trop passifs
Les grand mots des élus qui barattent du vent
Inconscients de l’urgence de modifier la donne
La langue des matraques ne durera qu’un temps
Les enfants sont plus grands ils sont là ils questionnent
Si les dés sont pipés, qu’on n’est que chair à flics
Que jamais on n’aura la chance d’en sortir
On va foutre la merde et semer la panique
Nous on n’a rien à perdre, aussi bien en finir
Vous nous avez parqués dans des cages à poulets
Vous nous faites baver sur le pas des vitrines
Où nargue l’abondance qui nous nie à jamais
On va vous concocter les plus belles des ruines
On ne va pas marcher dans les pas de nos pères
Vous les avez bernés, volés, trompés, niqués
Nous vos belles paroles on n’en a rien à faire
Il est hors de question qu’on soit mis de côté
Assez des faux fuyants, suffit belles paroles !
On est de la partie ou bien ça va cramer
On en a jusque là de vos sales bagnoles
De vos règles du jeu faites pour nous baiser
Prenez acte messieurs c’est le bout du rouleau !
Vous ne dormirez plus que d’un œil entrouvert
Le rat pris dans son coin défiera les plus gros
On a le dos au mur il nous reste la guerre…
Moi qui chante ces mots je suis un étranger
Le pays dont je viens fait de même aux indiens
Parqués dans des réserves ils n’ont plus qu’un passé
Et c’est partout pareil où règnent ventres pleins
Si j’avais le pouvoir de donner le pouvoir
Il serait dans les mains de ceux qui en pâtissent
J’inventerais machine à moudre les brouillards
Pour donner la lumière qui fait tant de caprices
J’obligerais les riches à dormir sous les ponts
Engelures aux pieds et frimas jusqu’à l’âme
Pour apprendre la vie dans une autre version
Qu’ils voient de l’intérieur tous ceux-là qu’ils condamnent
Je foutrais en prison les Nanopoléons
Qui se croient tout permis au nom d’une justice
Aussi aveugle qu’eux et qui foutent au violon
L’étranger et le pauvre et tous les humanistes
J’obligerais ceux-là qui se sont fait élire
A tenir les promesses qui les ont menés là
Ils n’auraient plus jamais le droit de nous mentir
Et l’on ferait brûler toutes langues de bois
Mais je ne suis au fond qu’un rêveur qui délire
Un pourfendeur de rien un rimeur d’idéal
Mes mots ne sont jamais qu’un triste éclat de rire
Ils ne valent pas plus qu’une aurore boréale
Mais pourtant si un jour apparaît un prophète
Un qui change ses mots en vraies réalités
Je voudrais qu'il invente magique baguette
Pour que tous les humains puissent apprendre à s’aimer…
Ça peut faire cucu de parler de prophète
Je ne suis pas le seul à vouloir en rêver
On peut toujours laisser une porte entrouverte
S'il se présente un jour il saura nous trouver...
(extrait des "Chant" de Michiboux